Le Journal / L'entreprise

Trésorerie · Le socle

Se faire payer, ça se prépare avant de livrer.

En France, moins d'une entreprise sur deux règle ses fournisseurs à l'heure. Le retard n'est donc pas un accident de parcours, c'est le climat, et une bonne part ne dépend pas de toi. Le reste, si : un acompte encaissé, des échéances qui tombent à une date plutôt qu'après une validation, une facture complète. Trois choses qui se posent avant de livrer et qui décident de ta position quand ça coince.

Publié le 17 juillet 2026 Mis à jour le 2 août 2026 Lecture 15 min Sources vérifiées

Scène 02 · Le verdict

Ce qui dépend de toi, et ce qui n'en dépend pas.

Ce qu'il faut retenir

Trois gestes en amont réduisent nettement l'exposition : ne pas démarrer sans acompte encaissé, compter le délai de paiement à partir du jour où tu livres, et non du jour où le client dit que c'est bon, et émettre des factures aux mentions légales complètes. Ils ne rendent personne solvable ni honnête, mais ils décident de ce dont tu disposes le jour où ça coince. En France, les pénalités de retard courent de plein droit dès le lendemain de l'échéance, sans mise en demeure, au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points, soit 12,40 % par an au second semestre 2026 (art. L441-10). S'y ajoute une indemnité forfaitaire de 40 euros, due une seule fois par facture payée en retard, et le remboursement de tes frais réels de recouvrement s'ils dépassent ce montant, sur justification (art. L441-10 II et D441-5). La loi est de ton côté par défaut, sauf si ton client est placé en sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire : là, tout ce mécanisme s'éteint.

On vit l'impayé comme une trahison personnelle, un client qui « disparaît » une fois le film livré. Les chiffres racontent autre chose : au premier semestre 2025, 45,2 % seulement des organisations françaises réglaient leurs fournisseurs sans retard, et 86 % des entreprises déclarent en subir. Le retard est devenu la règle plutôt que l'exception, et il ne dit rien de ton travail. Ce qui reste à ta main, c'est la position dans laquelle tu te trouves quand il arrive.

Scène 03 · La douleur

Le film livré, et le solde qui ne tombe jamais.

La scène est connue de presque tous les indépendants de l'image. Un projet fini depuis trois mois, jamais soldé, « parce que le client n'a pas encore validé ». Le « on paie tout à la fin » avait été accepté en début de projet, quand tout allait bien et que réclamer un acompte semblait déplacé. Trois mois plus tard, la trésorerie dépend d'un retour qui ne vient pas, et les relances par téléphone ne laissent aucune trace de ce qui a été dit.

Il y a aussi ce qu'on ne réclame pas. Les pénalités de retard et l'indemnité de 40 euros sont dues automatiquement, sans avoir à les demander, et beaucoup de prestataires ne les facturent jamais, soit qu'ils ignorent leur existence, soit qu'ils ne veuillent pas abîmer la relation pour quarante euros. Le raisonnement se tient, sauf qu'il repose sur une erreur de montant. Les quarante euros sont forfaitaires et dus une seule fois par facture, quelle que soit la durée du retard. Ce sont les pénalités qui courent chaque jour, et elles n'ont rien de symbolique : à défaut de taux stipulé dans tes conditions de vente, le Code de commerce applique le taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points, soit 12,40 % par an au second semestre 2026. Ramené à la journée, ça fait 0,034 % de la somme due, chaque jour, week-ends compris. Un détail qui compte dans le calcul : l'assiette est le montant toutes taxes comprises de la facture, pas le hors taxes du devis. Une prestation à 4 000 € HT porte donc les pénalités sur 4 800 €.

Une prestation de 4 000 € HTsoit 4 800 € TTC, l'assiette des pénalités Ce que le client te doit en plussans que tu aies à le demander
Chaque jour de retard4 800 € × 12,40 % ÷ 365 1,63 €
Un mois de retard30 jours de pénalités + les 40 € 48,92 € + 40 € = 88,92 €
Deux mois de retard60 jours de pénalités + les 40 € 97,84 € + 40 € = 137,84 €
Trois mois de retard90 jours de pénalités + les 40 € 146,76 € + 40 € = 186,76 €

Ce taux se recontrôle chaque semestre, puisqu'il suit les décisions de la Banque centrale européenne. Si tu préfères en stipuler un dans tes conditions de vente, tu le peux, à condition de ne pas descendre sous trois fois l'intérêt légal, soit 8,25 % au second semestre 2026 : sur le même exemple à deux mois, ce plancher donnerait 65,10 € au lieu de 97,84 €. Et si tes frais de recouvrement réels dépassent les 40 euros, avocat ou commissaire de justice, tu peux en demander le remboursement intégral sur justification. Renoncer à réclamer reste un choix défendable, entre gens qui vont retravailler ensemble : encore faut-il savoir que c'est un choix, et sur quoi il porte.

Reste le cas dont on parle moins, parce qu'il n'a pas de leçon à en tirer : l'entreprise qui ne paie pas parce qu'elle a décidé de ne pas payer. Celle qui fait traîner par politique de trésorerie, qui conteste une prestation impeccable pour gagner trois mois, ou qui ne répond simplement plus. Là, aucun acompte, aucune ligne de devis, aucune formule bien tournée n'y change quoi que ce soit. Ce n'est pas un cadrage raté, c'est un client de mauvaise foi, et la seule chose que le cadrage aura faite, c'est de limiter la somme en jeu et de te donner un dossier solide.

Scène 04 · La méthode

Encaisser avant, dater les échéances, facturer juste.

Premier geste, l'acompte. Ne rien démarrer sans argent encaissé, parce qu'il fixe le montant maximum que tu peux perdre sur ce projet. Un film à 4 000 euros hors taxes avec 40 % encaissés au départ, c'est une exposition ramenée à 2 400 euros. L'acompte ne garantit pas le solde, il borne la perte possible.

Sur le pourcentage, autant le dire franchement : aucun texte ne l'encadre entre professionnels, et le Journal n'en a trouvé aucun. La liberté contractuelle s'applique, et les plafonds de 30 ou 50 % qu'on lit sur les sites de conseil ne renvoient à aucun article vérifiable. Ce qui existe, c'est un usage, et il tourne autour de 30 à 50 % en prestation de service. À ce niveau-là, un client habitué à travailler avec des indépendants ne tique pas. Face à un particulier en revanche, la prudence s'impose : une clause imposant le paiement intégral avant toute exécution est susceptible d'être jugée abusive, la Commission des clauses abusives ayant recommandé d'écarter les échelonnements qui excèdent la valeur des prestations déjà exécutées.

Un mot compte sur le devis, et c'est acompte. Écris-le avec son montant, « acompte de 40 % à la signature, soit 1 600 € HT », et le sujet est clos : un acompte engage fermement les deux parties, il te reste acquis si le client annule, et tu peux même réclamer le préjudice au-delà. Une somme versée sans être nommée laisse la place à la discussion, et l'autre mot possible, « arrhes », donne au client le droit de se dédire en abandonnant la somme, sans que tu puisses réclamer autre chose. Le vocabulaire fait tout le travail.

Reste la mécanique, qui bloque souvent parce qu'on croit devoir envoyer la facture du film avant de l'avoir tourné. Ce n'est pas ça : à la signature tu émets une facture d'acompte, qui est un autre document. La facture d'une prestation naît quand la prestation est faite ; la facture d'acompte naît quand de l'argent est versé d'avance, et le Code général des impôts la rend obligatoire dès qu'un acompte est versé. À la livraison, la facture de solde reprend le total, déduit l'acompte déjà réglé et ne réclame que le reste. Oublier cette déduction est l'erreur classique de la facturation faite à la main.

Un piège de trésorerie va avec, et il surprend la première fois. Depuis 2023, la TVA d'un acompte est exigible dès son encaissement, alors que rien n'a encore été tourné. Sur un acompte de 1 600 € HT, tu reçois 1 920 € sur ton compte, dont 320 € appartiennent déjà à l'État. C'est le genre de somme qu'on compte comme disponible en janvier et qu'on doit reverser en avril.

Deuxième geste, savoir à partir de quel jour on compte. Une prestation se paie évidemment après avoir été réalisée, et c'est bien ce que dit la loi : à défaut d'accord contraire, une facture entre professionnels est payable trente jours après l'exécution de la prestation, les parties pouvant convenir d'un délai plus long. Le plafond de droit commun est alors de soixante jours à compter de l'émission de la facture. Une seconde formule existe, quarante-cinq jours fin de mois, mais elle n'a rien d'automatique : elle doit être expressément stipulée au contrat pour s'appliquer. La question n'est donc pas de savoir si on paie avant ou après, mais quel jour déclenche le compte à rebours.

Toute la question tient dans la différence entre deux mots. Exécuter une prestation et la faire valider sont deux choses différentes : la première est un fait daté, tu as livré le film le 12 ; la seconde dépend du calendrier de quelqu'un d'autre. Le Code de commerce s'en est occupé. Sauf clause contraire écrite au contrat, une procédure de vérification ou d'acceptation ne peut pas dépasser trente jours, et elle « ne peut avoir pour effet ni d'augmenter la durée, ni de décaler le point de départ du délai maximal de paiement » (art. L441-10 III). Autrement dit, si rien n'a été stipulé, « le client n'a pas encore validé » n'est pas une raison légale de ne pas payer. L'échéance court depuis la livraison, que le fichier ait été ouvert ou non.

La réserve mérite d'être lue, parce que c'est elle qui décide. Le texte autorise une clause contraire, à deux conditions : qu'elle soit expressément écrite, et qu'elle ne constitue pas une clause ou pratique abusive. Une entreprise qui t'impose par contrat quarante-cinq jours de validation avant que le compteur ne démarre est donc dans son droit, à moins que le déséquilibre ne soit manifeste. Ce que la loi te garantit, c'est le régime par défaut ; ce que tu signes peut y déroger, et c'est précisément la ligne à lire avant de signer.

Écrire « paiement à réception du film validé » revient donc à céder par contrat une protection qu'on avait par défaut. Ça paraît naturel, et ça crée deux problèmes : ça pousse à faire valider trop tôt, et ça laisse un projet terminé rester impayé aussi longtemps que personne n'ouvre le fichier. Quant aux acomptes, ils échappent à ce régime puisqu'ils précèdent la prestation : leur date est celle que le contrat fixe, librement.

Des dates, pas des validations

L'échéance part de la livraison, pas du moment où le client « a eu le temps de regarder ». La loi le dit explicitement : une procédure de vérification ne décale pas le point de départ du délai de paiement. Un solde accroché par contrat à une validation est un solde que tu ne maîtrises plus.

Troisième geste, la facture conforme. En France, elle doit porter un numéro chronologique continu, les dates, les identités complètes avec le numéro de TVA intracommunautaire, le détail des prestations, la date limite de paiement, le taux des pénalités de retard et, en B2B, la mention de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros. Les trois dernières portent directement sur le paiement, et leur absence ne te prive pas de tes droits : à défaut de délai indiqué, ce sont les trente jours légaux qui s'appliquent. Mais une facture incomplète est une créance plus difficile à faire valoir, et c'est ce document que regarderont un juge, un commissaire de justice ou l'assurance-crédit du client. Une amende administrative est par ailleurs encourue en cas de mentions manquantes.

Un mot sur la formulation, parce qu'elle se lit de deux façons. « Payable à trente jours » veut dire que l'argent doit être arrivé au trentième jour, pas qu'on commence à s'en occuper ce jour-là. Écrire une date en toutes lettres sur la facture, plutôt qu'un nombre de jours à calculer, retire cette ambiguïté à celui qui la traite.

Un calendrier à noter, puisqu'il tombe dans quelques semaines : à compter du 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit être en mesure de recevoir des factures électroniques. L'obligation d'en émettre suit, la même date pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, le 1er septembre 2027 pour les TPE et PME. Les factures entre professionnels devront alors transiter par une plateforme agréée, dans un format structuré, et quatre nouvelles mentions obligatoires apparaissent au passage.

Deux précisions, parce que la réforme est souvent racontée plus large qu'elle n'est. Le devis n'est pas concerné : l'obligation ne porte que sur les factures entre entreprises établies en France. Ton devis reste ce que tu veux qu'il soit, un PDF, une page, un document signé à la main, et tout ce que cet article dit d'y écrire reste valable tel quel. Les factures adressées à des particuliers ne sont pas concernées non plus.

Et sur le fond, rien de ce qui précède ne bouge. Décider d'un acompte, savoir à partir de quel jour court l'échéance, connaître le taux des pénalités, relancer une semaine avant : ce sont des gestes qui ne dépendent d'aucun logiciel et qu'aucune plateforme ne fera à ta place. Ce qui change au 1er septembre, c'est le tuyau par lequel la facture passe, pas ce qu'on y écrit ni le raisonnement qui la précède. La compétence reste la même, l'outil se remplace.

Scène 05 · Les recours

Quand tout a été bien fait et que ça ne paie pas.

Il arrive un moment où le cadrage a été posé, la facture est complète, l'échéance est passée, et l'argent n'est toujours pas là. C'est le cas le plus fréquent, puisque la majorité des entreprises paient en retard. Ce qui suit n'a rien d'agressif : c'est une procédure qu'on déroule calmement, dans l'ordre, en gardant une trace de chaque étape. La trace compte autant que le geste, parce que c'est elle qui constituera le dossier si ça va plus loin.

Quandpar rapport à la date d'échéance Ce que tu faistoujours par écrit, même après un appel
Une semaine avant l'échéanceJ-7, celle qui évite tout le reste Un mail qui rappelle la facture et la date à laquelle elle est due, sans rien réclamer. C'est la plus utile de la liste : elle obtient un engagement de date et surtout elle fait remonter le problème pendant qu'il est réparable, une facture égarée, un litige qu'on ne t'a pas dit, une signature qui manque en interne.
Le lendemainJ+1 Un mail court et neutre, qui rappelle la facture, sa date d'échéance et le montant. Beaucoup de retards ne sont qu'un oubli dans une chaîne de validation interne, et ce mail suffit.
Deux semaines aprèsJ+15 Une relance écrite qui mentionne cette fois les pénalités de retard en cours et l'indemnité de 40 euros, dues de plein droit. Tu n'as pas à les réclamer pour qu'elles existent, mais les nommer change le ton de la conversation.
Un mois aprèsJ+30 Une mise en demeure, en recommandé avec accusé de réception. Elle marque le point de bascule vers la voie judiciaire et se rédige sans avocat.
Si rien ne vientla voie judiciaire L'injonction de payer : une requête écrite au tribunal, sans audience ni avocat, qui débouche sur une ordonnance à faire signifier par un commissaire de justice. Rapide et peu coûteuse, tant que le client ne conteste pas. S'il conteste, elle tombe et il faut choisir entre le référé-provision, une procédure d'urgence qui obtient une avance quand la dette n'est pas sérieusement discutable, et l'assignation au fond, le procès complet. Un conseil est nécessaire à ce stade.

Une chose à savoir avant de s'engager : récupérer une créance a un coût, en argent et en heures. Sur un petit montant, la procédure peut revenir plus cher que la somme en jeu. Décider de laisser filer est alors un arbitrage d'entreprise, pas un renoncement, à condition de le décider et non de le subir. Et c'est précisément à ça que sert l'acompte : ce qui est déjà encaissé ne fait jamais partie de la discussion.

Scène 06 · Les garde-fous

Ce qui fragilise, souvent sans qu'on le voie.

Le premier point de fragilité est le « on paie tout à la fin », accepté en début de projet parce que demander un acompte semble déplacé quand la relation démarre bien. Le deuxième est le paiement jalonné sur des validations client, qui remet le calendrier entre les mains de quelqu'un d'autre. Le troisième est plus discret : vivre sur les acomptes des projets à venir. L'argent est sur le compte, il est donc tentant de le compter comme disponible, alors qu'il finance un travail pas encore fait. Le jour où un client saute, ce décalage double le choc : la créance manque, et l'argent qui aurait pu l'absorber a déjà servi. Une réserve dédiée et la provision des impôts mise de côté absorbent les creux sans qu'il faille brader le projet suivant.

Note de méthode : les articles L441-10 et D441-5 du Code de commerce, ainsi que le montant de l'indemnité de 40 euros, sont des repères légaux stables, cités ici avec leur référence. En revanche, tout ce qui touche ton statut (taux de provision fiscale, TVA à appliquer ou non sur tes factures, seuils) évolue et dépend de ta situation : ne recopie pas le montage d'un confrère, vérifie les modalités à jour sur service-public.gouv.fr et fais valider selon ton régime. Les taux de pénalités et le taux d'intérêt légal changent chaque semestre : recontrôle-les avant de les imprimer sur un modèle de facture.

Scène 07 · Le socle

Se faire payer, c'est un socle, pas une corvée.

On range la facturation et la relance dans les corvées, la partie ingrate qu'on fait en traînant des pieds. C'est pourtant un socle au même titre que le cadrage ou la lumière, et un socle durable : le cadre légal qui te protège, pénalités de plein droit, indemnité forfaitaire, injonction de payer, ne dépend d'aucune mode ni d'aucun outil. Encaisser avant de produire ne se périme pas davantage.

Le retard ne se décide pas chez toi. Ce que tu as en main quand il arrive, si.

Poser un cadre, ce n'est pas devenir dur, ni se méfier par principe de gens qui, pour la plupart, sont de bonne foi et parfois eux-mêmes coincés par leurs propres clients. C'est le même geste que pour le cadrage de la relation : il ne serre pas le projet, il lui donne un terrain. C'est simplement admettre que le retard fait partie du métier, comme la météo un jour de tournage : on ne la commande pas, on prévoit de quoi tourner quand même. Le client sérieux n'y voit rien d'offensant, plutôt quelqu'un qui sait comment un projet se déroule. Et pour les autres, mieux vaut l'avoir écrit avant.

Questions fréquentes

Faut-il vraiment demander un acompte avant de commencer ?

Oui, parce qu'il fixe le montant maximum que tu peux perdre sur ce projet : un film à 4 000 € HT avec 40 % encaissés au départ ramène l'exposition à 2 400 €. Sur le pourcentage, le Journal n'a trouvé aucun texte qui l'encadre entre professionnels : la liberté contractuelle s'applique, et les plafonds de 30 ou 50 % qu'on lit sur les sites de conseil ne renvoient à aucun article vérifiable. Ce qui existe est un usage, autour de 30 à 50 % en prestation de service, niveau auquel un client habitué aux indépendants ne tique pas. Vis-à-vis d'un particulier, la prudence s'impose : une clause imposant le paiement intégral avant toute exécution est susceptible d'être jugée abusive. Un acompte n'est pas une marque de méfiance, c'est ce qui aligne l'engagement des deux côtés.

Le client annule après avoir versé l'acompte : dois-je le rembourser ?

Non, si le devis dit « acompte ». Un acompte engage fermement les deux parties : le client ne peut pas se libérer en l'abandonnant, tu le conserves, et tu peux même réclamer l'exécution du contrat ou des dommages et intérêts pour le préjudice subi. C'est tout l'intérêt d'écrire le mot avec son montant sur le devis. L'autre qualification, les arrhes, ouvre au contraire un droit de dédit : le client les perd mais s'en va, et si c'est toi qui annules tu dois en restituer le double. Entre professionnels, aucune règle ne tranche automatiquement, c'est le devis et les échanges qui font foi, d'où l'intérêt de nommer les choses. Dans l'autre sens, si c'est toi qui te désistes, tu rembourses l'acompte intégralement quel que soit le motif, et le client peut te réclamer le surcoût d'un remplaçant. Une clause d'annulation ne doit pas être abusive : conserver 40 % sur un projet annulé la veille du tournage se défend, conserver 90 % sur un projet annulé le lendemain de la signature se discuterait.

À la signature du devis, je facture quoi exactement ?

Une facture d'acompte, pas la facture du film. Ce sont deux documents distincts : la facture d'une prestation naît quand la prestation est réalisée, alors que la facture d'acompte se rattache à de l'argent versé d'avance. Le Code général des impôts la rend d'ailleurs obligatoire dès qu'un acompte est versé. Elle porte la mention « facture d'acompte », renvoie au devis, applique la TVA et suit ta numérotation habituelle. À la livraison, tu émets la facture de solde : elle récapitule le montant total de la prestation, déduit l'acompte déjà réglé et ne réclame que le reste. Si tu veux être payé intégralement d'avance, ce qui est licite entre professionnels, le principe est le même avec un acompte de 100 %. Retiens que la facture suit l'argent, pas le devis : tu factures ce que tu encaisses, au moment où tu l'encaisses.

Le client n'a pas validé : peut-il retarder le paiement ?

Non, pas de lui-même. On paie bien une prestation après son exécution, et la loi le dit : à défaut d'accord contraire, une facture entre professionnels est payable 30 jours après l'exécution de la prestation. Mais exécuter et faire valider sont deux choses distinctes. Sauf clause contraire écrite au contrat, le Code de commerce plafonne à 30 jours la procédure d'acceptation ou de vérification, et précise qu'elle « ne peut avoir pour effet ni d'augmenter la durée, ni de décaler le point de départ du délai maximal de paiement » (article L441-10 III). À défaut de stipulation, l'échéance court donc depuis la livraison, que le client ait regardé ou non. La réserve compte : une clause expresse peut y déroger, sauf à constituer une clause abusive. Écrire « paiement à réception du film validé » revient précisément à céder cette protection. Les acomptes, eux, échappent à ce régime puisqu'ils précèdent la prestation : leur date est celle que le contrat fixe.

Mon devis inclut deux retours correctifs : je facture à la V1 ou après les corrections ?

Après, en principe : c'est le devis qui définit où s'arrête la prestation, et s'il annonce le film plus deux séries de corrections, elle n'est pleinement exécutée qu'à la livraison finale. Le problème est évident : un client qui n'envoie jamais ses retours empêche le solde de devenir exigible. La solution tient en une phrase à mettre au devis, « les retours sont attendus sous dix jours ouvrés à compter de la mise à disposition de chaque version ; passé ce délai, la version livrée est réputée acceptée et la prestation achevée ». Cette validation tacite transforme un événement incertain en événement daté. Garde un délai raisonnable, cinq à quinze jours ouvrés, car un délai trop court serait contestable. Sur les gros projets, l'alternative est de découper la facturation : acompte, facture à la V1, solde à la finale, chaque facture portant sa propre échéance. La rédaction exacte de la clause se fait valider, c'est elle qui portera en cas de litige.

Que dit la loi française sur les retards de paiement en B2B ?

Que tu es mieux protégé que tu ne le crois. À défaut d'accord contraire, une facture entre professionnels est payable 30 jours après la réalisation de la prestation ; un délai convenu ne peut dépasser 60 jours à compter de l'émission de la facture ; la formule alternative des 45 jours fin de mois n'est valable que si elle est expressément stipulée au contrat. Passé l'échéance, les pénalités de retard courent de plein droit dès le lendemain, sans mise en demeure (article L441-10), au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de 10 points, soit 12,40 % au second semestre 2026 (taux BCE de 2,40 % depuis le 17 juin 2026). Tu peux stipuler un autre taux dans tes conditions de vente, sans descendre sous trois fois l'intérêt légal, soit 8,25 % sur ce semestre. S'y ajoute une indemnité forfaitaire de 40 euros, due une seule fois par facture et non par jour (article D441-5), et le remboursement de tes frais réels de recouvrement s'ils dépassent ce montant, sur justification. Attention : la fiche service-public F23211 affiche 12,75 % pour ce semestre, en confondant le taux BCE avec le taux d'intérêt légal. Ces taux se recontrôlent chaque semestre.

Un client ne paie pas malgré les relances, que faire ?

Dérouler une procédure graduée plutôt que de laisser mourir la créance, et commencer avant l'échéance. Une relance préventive sept à quinze jours avant la date due est la plus rentable de toutes : elle obtient un engagement de date et fait remonter le problème pendant qu'il est réparable, une facture égarée, un désaccord que personne ne t'a signalé, une signature qui manque en interne. Ensuite : un contact dès le lendemain de l'échéance, une relance écrite quinze jours après, une mise en demeure en recommandé à trente jours, puis, si rien ne vient, une injonction de payer, procédure simple et peu coûteuse pour les créances non contestées. Une relance par téléphone ne laisse aucune trace : c'est l'écrit qui construit le dossier, et un mail de confirmation après l'appel suffit.

Peut-on vraiment éviter les impayés ?

Non, et il vaut mieux le savoir : au premier semestre 2025, seules 45,2 % des organisations françaises réglaient leurs fournisseurs sans retard (Altares), et 86 % des entreprises déclarent en subir (Coface). Le retard fait partie du paysage, il ne dit rien de la qualité de ton travail ni de ton cadrage. Ce que le cadrage change, c'est ta position quand ça arrive : un acompte encaissé limite l'exposition, des échéances datées font courir les pénalités sans discussion, une facture complète rend la créance exigible. Tu ne supprimes pas le risque, tu cesses de le subir sans recours.

Le client refuse de payer et conteste tout, que se passe-t-il ?

Tant que la créance est contestée, l'injonction de payer n'est plus la voie : elle est réservée aux créances non contestées. Il reste le référé-provision, une procédure d'urgence qui permet d'obtenir une avance sur la somme due quand l'obligation n'est pas sérieusement discutable, et l'assignation au fond, c'est-à-dire le procès complet, plus long et plus cher. Avant d'y aller, mesure : entre les frais, le temps et l'énergie, une petite créance peut coûter plus cher à récupérer qu'à perdre, et c'est une décision d'entreprise, pas un renoncement moral. Un avocat ou un commissaire de justice te dira en un rendez-vous si le dossier tient. C'est aussi pour ces cas-là qu'on encaisse un acompte : ce qui est déjà sur ton compte n'est plus en jeu.

Qui écrit

Nicolas Portes, réalisateur et photographe à Toulouse depuis 2005, fondateur du Vidéo Club. Je fais de l'image pour des entreprises et des collectivités avec Veni Vidi Filmi.

Ce que je déclare. Le Vidéo Club ne vend rien, ne prend aucune commission et n'a pas de cotisation. Le lien ci-dessus mène à mon activité commerciale : c'est un intérêt, et je le déclare, comme les règles du club le demandent à chacun. Rien dans ce Journal n'est un argumentaire pour cette activité.

Comment cet article est écrit. Le Journal répète qu'un outil n'a pas de point de vue. Autant l'appliquer à lui-même : j'écris avec une IA. Elle cherche, elle structure, elle reformule, et elle me contredit quand je vais trop vite. Ce qu'elle ne fait pas : choisir l'angle, décider de ce qui est vrai, ni signer. Chaque source citée ici a été ouverte et lue avant d'entrer dans le texte, et les chiffres qui ne remontaient à aucun rapport identifiable ont été écartés, même quand ils arrangeaient le propos.

Tu revois tes conditions de paiement ?

Les impayés, on se dit comment on s'en sort.

Un impayé, ça ne se raconte pas volontiers. Au Vidéo Club, tu trouveras des gens qui sont passés par là et qui le disent, plutôt que des conseils de coach. Tu fais de l'image à Toulouse ? Viens au prochain rendez-vous.

Sources

  • Altares, étude « Retards de paiement des entreprises en France », premier semestre 2025 (publiée le 17 septembre 2025) : 45,2 % des organisations règlent leurs fournisseurs sans retard, retard moyen de 14,1 jours, plus de 20 jours pour les structures de plus de 1 000 salariés, près de 15 jours dans le secteur public.
  • Coface, enquête sur les comportements de paiement en France 2025 : 86 % des entreprises interrogées déclarent subir des retards, contre 85 % en 2024 et 82 % en 2023 ; 55 % des TPE jugent l'impact « très important ou critique ». Enquête déclarative auprès d'entreprises françaises, à lire comme un ordre de grandeur.
  • Observatoire des délais de paiement (Banque de France), rapport annuel 2024 : retard moyen de 13,6 jours fin 2024, et 15 milliards d'euros de trésorerie supplémentaire dont les PME auraient disposé sans ces retards.
  • Jonathan Stark, « 100 Percent Up Front » (jonathanstark.com) : paiement à l'acceptation comme condition de planification, à défaut un échéancier sur dates fixes. Source non citée dans le corps de l'article : cette pratique est américaine et porte sur du conseil, elle ne se transpose pas telle quelle à la prestation audiovisuelle française, où l'usage reste l'acompte partiel.
  • service-public.gouv.fr, fiche F31808 : mentions obligatoires des factures (numéro, dates, identités, détail, date limite de paiement, taux de pénalités, indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros en B2B).
  • Code de commerce, articles L441-10 et D441-5 (Legifrance) et service-public.gouv.fr, fiche F23211 (consultés le 2 août 2026) : à défaut d'accord, paiement à 30 jours après réalisation de la prestation ; délai convenu plafonné à 60 jours date de facture ou 45 jours fin de mois. Pénalités de retard dues de plein droit sans mise en demeure, au taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points, soit 12,40 % au second semestre 2026 (taux BCE porté à 2,40 % le 17 juin 2026, vérifié sur ecb.europa.eu). Un taux stipulé au contrat ne peut descendre sous trois fois l'intérêt légal, soit 8,25 % (arrêté du 26 juin 2026 fixant l'intérêt légal professionnel à 2,75 %). Divergence signalée : la fiche service-public F23211, vérifiée le 1er juillet 2026, annonce 2,75 % comme taux BCE et 12,75 % de pénalités ; 2,75 % est le taux d'intérêt légal, aucun taux directeur de la BCE ne vaut cette valeur. Le Journal retient le taux BCE réel, conformément à la lettre de L441-10. Au-delà des 40 euros, le créancier peut demander le remboursement de ses frais réels sur justification (L441-10 II). Indemnité forfaitaire de 40 euros due une seule fois par facture payée en retard, et non par jour. L441-10 III plafonne par ailleurs à 30 jours la procédure d'acceptation ou de vérification, sauf stipulation contractuelle expresse et non abusive, et dispose qu'elle « ne peut avoir pour effet ni d'augmenter la durée, ni de décaler le point de départ du délai maximal de paiement » : une validation client ne repousse donc pas l'échéance par elle-même. Les taux se recontrôlent chaque semestre.
  • Sur le pourcentage d'acompte : absence de source. Le Journal n'a trouvé aucun texte fixant un plafond entre professionnels ; la liberté contractuelle s'applique. Les plafonds de 30 % et 50 % présentés comme légaux par plusieurs sites de conseil ne renvoient à aucun article vérifiable, et ces sites sont d'ailleurs de fiabilité inégale. La fourchette de 30 à 50 % citée dans l'article est donc donnée comme un usage constaté, pas comme une règle. Vis-à-vis d'un particulier, une clause de paiement intégral avant exécution est susceptible d'être jugée abusive (art. L212-1 du Code de la consommation). Point à faire valider selon ton activité.
  • Absence de donnée : le Journal n'a trouvé aucune statistique publiée sur la part des prestataires qui facturent effectivement les pénalités de retard et l'indemnité de 40 euros. L'article dit que la pratique est rare sans la chiffrer, faute de source.
  • Optimise & Grow (Robyn Kyberd), « Feast and Famine Cash Flow Strategies for Freelancers » : réserve de sécurité dédiée, provision fiscale séparée, ne pas confondre CA encaissé et argent disponible.

État des sources au 2 août 2026. Les références légales citées sont stables, mais leurs modalités d'application dépendent de ton statut : les taux changent chaque semestre, les seuils se revalorisent chaque année, recontrôle-les avant de t'en servir.