Le Journal / Le club

Le club · Les règles qu'on se donne

Ce qu'on se doit entre nous.

Un club de pros, ce n'est pas seulement un endroit où l'on se retrouve : c'est un endroit où l'on peut baisser la garde, dire ce qu'on gagne, avouer ce qu'on a raté. Ça tient à quelques règles, six exactement, écrites une fois pour ne pas avoir à les improviser un jour de tension. Aucune ne sanctionne personne. Toutes protègent la même chose : la valeur de ton travail.

Publié le 31 juillet 2026 Lecture 6 min

Scène 02 · Pourquoi c'est écrit

Des règles écrites à froid, pour ne pas trancher à chaud.

Six règles, une seule idée derrière : ce que tu fais a une valeur, et le club est le dernier endroit où elle devrait être mise en doute. Aucune ne se sanctionne, toutes se rappellent.

On pourrait croire qu'un groupe fondé sur la bienveillance et l'entraide n'a pas besoin de règles écrites. C'est l'inverse. Les groupes qui n'écrivent rien finissent par inventer leurs règles au cas par cas, toujours dans l'urgence, et toujours contre quelqu'un en particulier. Le jour où la situation se présente, il n'existe aucun repère commun, alors on tranche à l'affect, quelqu'un se sent visé, et il a raison de se sentir visé : la règle vient d'être écrite pour lui.

Écrire à froid évite exactement ça. Une règle posée avant le premier cas ne vise personne par construction, et le jour où elle sert, la rappeler ne demande aucun courage : elle était là avant, elle vaut pour tout le monde, elle n'est de personne. C'est ce qui permet de dire non sans se fâcher, et c'est tout ce qu'on lui demande.

Ces six règles n'ont donc rien d'un règlement intérieur. Elles se rangent en trois familles : ce qu'on ne demande pas à un pair, ce qui ne sort pas du groupe, et ce qu'on annonce quand on a un intérêt quelque part.

Scène 03 · Ce qu'on ne demande pas

On ne cherche pas ici quelqu'un qui travaillerait gratuitement.

Première règle, et c'est la plus importante : on ne vient pas dans le club chercher quelqu'un qui ferait gratuitement un travail qui se facture. Pas une caméra à tenir un samedi pour un projet qui n'a pas de budget, pas un montage « vite fait » contre de la visibilité, pas une prestation échangée contre la promesse d'un vrai contrat plus tard.

Ce n'est pas une règle contre la générosité, et il faut dire précisément où passe la ligne, parce qu'elle est fine. Un conseil, un avis sur un devis, un prêt de matériel, un dépannage un jour de panne, une réponse à une question technique, un renseignement sur un client douteux : tout ça est exactement ce pour quoi le club existe, et rien ne le limite. La ligne passe entre le service qu'on rend et la prestation qu'on obtient sans la payer. Le premier se donne parce qu'il ne coûte qu'un moment. La seconde, c'est une journée de travail, et une journée de travail a un prix même quand celui qui la demande n'en a pas conscience.

Je tiens à cette règle plus qu'aux autres, et je préfère dire pourquoi plutôt que de la poser comme un principe. Ce que je vois, et je m'y inclus, ce sont des gens qui ont déjà du mal à vivre de ce métier, parfois qui n'en vivent pas encore du tout, et qui acceptent quand même de travailler gratuitement en espérant un retour plus tard. Un vrai contrat ensuite, une recommandation, une visibilité qui finirait par amener des clients. Ce retour n'est presque jamais posé : ni écrit, ni chiffré, ni daté. C'est un espoir, pas un cadre. Et celui qui en aurait le plus besoin est justement celui qui ose le moins demander qu'on le formalise.

Et il y a un coût qu'on ne compte jamais dans ces moments-là, alors que c'est le plus lourd. Une journée donnée n'est pas seulement une journée non payée : c'est une journée qui n'a pas servi à trouver des clients qui paient. Quand on a du mal à vivre de ce métier, ce qui manque n'est presque jamais le travail, c'est le client. Or le projet gratuit consomme exactement la ressource dont on aurait besoin pour en chercher, tout en donnant la sensation d'avancer, puisqu'on filme, on monte, on livre. Ce temps-là est mieux employé à prospecter.

Avoir son activité, ce n'est pas seulement exercer un métier qu'on aime : c'est être entrepreneur, et le temps qu'on y passe se valorise, y compris celui qu'on ne facture pas encore.

Scène 04 · Ce qui ne sort pas

Ce qui se dit ici reste ici.

Deuxième règle : rien ne sort du groupe sans l'accord de son auteur. Ce qui s'écrit dans les fils du club ne se recopie pas ailleurs, ne se capture pas en image, ne se republie pas. Une phrase écrite entre pairs un mardi soir n'a pas été écrite pour être lue par d'autres, et son auteur ne l'aurait pas formulée pareil s'il l'avait su.

Le Journal se l'applique à lui-même, et avant tout le monde : sa charte éditoriale lui interdit de puiser le moindre verbatim dans les conversations du club, même pour illustrer un article, même en anonymisant. Quand il veut citer quelqu'un, il redemande, obtient un accord écrit, et fait relire la citation par son auteur, qui peut la corriger ou la retirer. Une règle qu'on s'impose d'abord à soi-même se rappelle beaucoup plus facilement aux autres.

Troisième règle, et c'est la même dans un domaine plus sensible : les chiffres restent entre nous. Les tarifs qu'on s'échange, le montant d'un devis, une marge, ce qu'un client a fini par payer : rien de tout ça ne se répète à l'extérieur, et surtout pas à un client qu'on aurait en commun. La raison n'est pas la discrétion pour elle-même, elle est très pratique. Sans cette règle, plus personne n'ose donner un chiffre, chacun retourne estimer ses prix seul dans son coin, et le club perd précisément ce qui le rend le plus utile. L'argent est le sujet dont on parle le moins dans ce métier ; c'est aussi celui sur lequel une conversation entre pairs change le plus de choses.

Et rien de tout ça ne se fige. Un tarif donné un soir de novembre valait pour cette prestation, ce client et cette situation, à ce moment-là. Six mois plus tard, la personne aura peut-être augmenté ses prix, changé de positionnement, ou traversé une période creuse qui l'a fait accepter autre chose. Répéter un chiffre entendu dans le club, c'est donc doublement fautif : on trahit une confidence, et on cite une donnée périmée comme si elle disait encore quelque chose.

Scène 05 · Ce qu'on déclare

On déclare, on n'interdit pas.

Quatrième règle : un lien affilié ou un code de réduction se partage librement, à condition de le dire dans le même message. « Voilà le modèle que j'utilise, le lien est affilié » suffit, et personne n'y trouvera rien à redire. Ce qui pose problème n'est jamais le lien, c'est le silence autour : le membre qui découvre après coup que la recommandation rapportait quelque chose ne se sent pas trompé sur le produit, il se sent trompé sur la conversation.

Cinquième règle, même logique étendue aux personnes : quand tu recommandes quelqu'un, tu dis ce que tu y gagnes. Une commission d'apporteur, un renvoi d'ascenseur convenu, une association commerciale : rien de tout ça n'est illégitime, tout ça se pratique et c'est très bien. Ça se dit, simplement, au moment où on donne le nom. La recommandation garde exactement la même valeur, elle gagne juste son contexte.

Sixième règle, la seule qui interdise vraiment quelque chose : le club n'est pas un fichier de prospects. On ne démarche pas les membres un par un, en message privé, pour leur vendre sa formation, son matériel d'occasion ou ses services. C'est la sollicitation spontanée et répétée qui pose problème, parce qu'elle transforme un lieu où l'on baisse la garde en un lieu où il faut se méfier des messages.

Partager une actualité commerciale dans le fil commun, en revanche, est parfaitement normal entre gens du même métier : une formation qu'on lance, du matériel qu'on revend, une prestation qu'on propose, une place qui se libère. La seule condition est que les conversations qui suivent se poursuivent en privé, avec les personnes intéressées. L'annonce est collective, la négociation ne l'est pas : c'est ce qui évite que le fil du club se transforme en petites annonces.

Scène 06 · Ni tribunal, ni police

Ce que ces règles ne sont pas.

Il n'y a ni sanction, ni juge, ni personne chargée de surveiller quoi que ce soit, et ce n'est pas un oubli. Un club qui sanctionne devient un tribunal, et un tribunal n'est plus un endroit où l'on avoue avoir raté un tournage ou mal chiffré un devis. Ces six règles servent à pouvoir rappeler quelque chose sans se fâcher, pas à exclure quelqu'un.

Aucune d'elles ne vise personne. Elles sont écrites à froid, portent leur date, et seront modifiées le jour où l'usage montrera qu'elles se trompent. Si tu penses qu'il en manque une, ou qu'une de celles-là ne tient pas, c'est une conversation à avoir au prochain rendez-vous : elles appartiennent au club, pas à celui qui les a tapées.

Une règle écrite avant le premier cas ne vise personne. C'est tout l'intérêt de l'écrire avant.

Ce qu'elles protègent, au fond, tient en peu de mots. Ton travail vaut quelque chose, ton temps aussi, et le seul endroit où tu viens parler de ton métier avec des gens qui le font est le dernier où ça devrait se négocier. Le reste du Journal s'occupe de te donner les moyens de le défendre, à commencer par le prix à la valeur et par ce que change le fait de ne pas rester seul, dans le réseau de pairs.

Questions fréquentes

Pourquoi interdire les demandes de travail gratuit dans un club fondé sur l'entraide ?

Parce que ce sont deux choses différentes, et que les confondre abîme la seconde. L'entraide, c'est un conseil, un prêt de matériel, un dépannage, un avis sur un devis, une réponse à une question technique : c'est exactement ce pour quoi le club existe et rien ne le limite. La demande de travail gratuit, c'est une prestation qu'on ferait payer à un client et qu'on demande à un pair sans la payer, souvent contre de la visibilité ou une promesse. La ligne passe entre le service qu'on rend et la prestation qu'on obtient sans la régler.

Et si on me propose de travailler gratuitement contre une promesse de retour ?

Demande que le retour soit posé. Un vrai contrat ensuite, une recommandation, de la visibilité : tout cela peut être sincère et parfois se réalise, mais un retour qui n'est ni écrit, ni chiffré, ni daté n'est pas un cadre, c'est un espoir. Si la personne en face tient à sa proposition, formaliser ne lui coûte rien ; si formaliser la gêne, tu viens d'apprendre ce que valait la promesse. Cette question se pose surtout à ceux qui ont le plus de mal à vivre du métier, et qui sont aussi ceux qui osent le moins la poser.

Pourquoi autoriser les liens affiliés au lieu de les interdire ?

Parce que ce qui pose problème n'est pas le lien, c'est le silence autour. Un membre peut partager un lien affilié ou un code de réduction dont il tire un bénéfice, à condition de le dire dans le même message. Interdire ferait du club un tribunal et pousserait la pratique dans l'ombre ; déclarer laisse chacun juger en connaissance de cause. C'est la logique de toutes les règles de cette page : on déclare, on n'interdit pas.

Est-ce que le Journal peut citer ce qui se dit dans le club ?

Non, et c'est écrit dans sa charte éditoriale avant de l'être ici. Les conversations WhatsApp et Discord servent à comprendre les membres, elles ne fournissent aucun verbatim publiable : une phrase écrite dans un fil entre pairs n'a pas été écrite pour un site web. Quand le Journal veut citer quelqu'un, il redemande, obtient un accord écrit, et fait relire la citation par son auteur, qui peut la corriger ou la retirer.

Qui décide de ces règles et que se passe-t-il si on ne les respecte pas ?

Elles sont écrites par le club et discutables par ses membres ; cette page porte sa date et sera modifiée si l'usage montre qu'elle se trompe. Il n'y a ni sanction, ni juge, ni surveillance : un club qui sanctionne devient un tribunal, et un tribunal n'est plus un endroit où on baisse la garde. Ces règles servent à pouvoir rappeler quelque chose sans se fâcher, pas à exclure quelqu'un.

D'où viennent ces règles. La règle des liens affiliés a été adoptée le 29 juillet 2026 et figurait déjà dans la charte éditoriale du Journal ; aucun cas ne s'était présenté, elle a été posée par précaution. Celles qui concernent les verbatims et les citations découlent de la même charte, qui les impose au Journal lui-même. Les trois autres ont été écrites le 31 juillet 2026 et n'ont pas d'antériorité. Cette page porte sa date parce qu'elle est appelée à changer : une règle de communauté qui ne se rediscute jamais finit par ne plus décrire la communauté.

Qui écrit

Nicolas Portes, réalisateur et photographe à Toulouse depuis 2005, fondateur du Vidéo Club. Je fais de l'image pour des entreprises et des collectivités avec Veni Vidi Filmi.

Ce que je déclare. Le Vidéo Club ne vend rien, ne prend aucune commission et n'a pas de cotisation. Le lien ci-dessus mène à mon activité commerciale : c'est un intérêt, et je le déclare, comme les règles du club le demandent à chacun. Rien dans ce Journal n'est un argumentaire pour cette activité.

Comment cet article est écrit. Le Journal répète qu'un outil n'a pas de point de vue. Autant l'appliquer à lui-même : j'écris avec une IA. Elle cherche, elle structure, elle reformule, et elle me contredit quand je vais trop vite. Ce qu'elle ne fait pas : choisir l'angle, décider de ce qui est vrai, ni signer. Chaque source citée ici a été ouverte et lue avant d'entrer dans le texte, et les chiffres qui ne remontaient à aucun rapport identifiable ont été écartés, même quand ils arrangeaient le propos.

Tu es d'accord avec tout ça ?

Alors tu es déjà des nôtres.

Le Vidéo Club réunit des pros de l'image à Toulouse qui parlent boulot sans posture : lumière, tarifs, litiges, disques morts et clients qui ne rappellent pas. Tu fais de l'image dans le coin ? Viens au prochain rendez-vous.